Il fut un temps où on disait de la société montoise Babel que c'était
le «Lernout & Hauspie wallon». Et ce au grand dam de ses dirigeants,
qui ont toujours préféré la discrétion au discours tapageur pratiqué à
Ypres.
Aujourd'hui, la spin-off de la Faculté polytechnique de Mons,
spécialisée comme L& H dans les technologies de la voix, s'est enfin
forgée un nom. Et heureusement d'ailleurs parce qu'elle a souffert de la
mauvaise image véhiculée à l'étranger par les problèmes de Jo et Pol.
«Nous avons effectivement connu un premier trimestre 2001
difficile, confirme Vincent Fontaine, le patron de Babel. Mais le
deuxième trimestre a été bon et le troisième devrait l'être
aussi.»
L'inverse est d'ailleurs vrai: après avoir subi un temps les effets
négatifs de l'affaire L& H, Babel en profite aujourd'hui d'une
certaine façon. «Je crois qu'ils ne sont pas encore morts mais il est
clair que nous ressentons beaucoup moins leur concurrence qu'il y a un
an, dit Vincent Fontaine. Même les Américains commencent d'ailleurs
à revenir nous voir.» Et le patron de Babel de citer des gros contrats
avec l'armée américaine, qui veut équiper ses ordinateurs portables de
systèmes de synthèse vocale et qui a préféré pour cela faire appel à la
petite société wallonne qu'au géant Motorola, ou encore avec Comverse, un
spécialiste des boîtes vocales pour GSM.
Comme pour confirmer cette bonne santé, Babel a annoncé cette semaine
le rachat d'Infovox, la division de synthèse vocale de l'opérateur télécom
suédois Telia, désireux de se focaliser sur ses activités de base en cette
période d'incertitudes. À noter que comme Babel, Infovox était à l'origine
une spin-off de l'Université de Stockholm.
«Pour nous, il s'agissait d'une belle opportunité de nous implanter
sur de nouveaux marchés, explique Vincent Fontaine. Désormais, nous
pouvons offrir de la synthèse vocale en 17 langues, ce que seul Lernout
& Hauspie était en mesure de faire au jour d'aujourd'hui.»
Le rachat d'Infovox, qui se fait sur fonds propres pour un montant non
divulgué, permet à Babel de multiplier ses effectifs par deux.
«Désormais, nous sommes seize en Belgique et vingt en Suède», dit
Vincent Fontaine.
Ce dernier semble armé d'un optimisme devenu assez inhabituel dans le
secteur technologique. «Nous comptons bientôt décrocher de nouveaux
contrats en Asie, dit-il. Et la crise alors? On passe à travers
grâce à l'énorme potentiel qu'ont encore les technologies vocales. Elles
n'en sont toujours qu'à leurs débuts.»
© La Libre Belgique 2001