Babel murmure dans le monde entier

28/08/98 - © Rossel & Cie SA - LE SOIR Bruxelles

La bonne fée Technologie s'est penchée sur les PC de jeunes chercheurs wallons, transformés en managers à moins de trente ans. La société montoise Babel a à peine un an; elle peut déjà se targuer d'être bénéficiaire et ses clients sont allemands, brésiliens, suédois ou français. Tous ont flashé sur Mbrola, un logiciel qui synthétise la voix humaine au départ d'un enregistrement sophistiqué de syllabes. On peut ainsi faire dire et même chanter un texte par un ordinateur à la demande. Et ce dans huit langues différentes. Quelle que soit celle-ci, le principe est toujours le même pour «fabriquer» une voix électronique. Un homme ou une femme lit un texte conçu avec l'aide de linguistes pour couvrir toutes les combinaisons de sons possibles. C'est dans ce réservoir que l'ordinateur ira piocher, avant de procéder aux corrections nécessaires pour différencier, par exemple, une affirmative d'une interrogative.

Les applications de cette technologie sont quasi infinies. Tel client rêve par exemple de faire passer des tests à ses futurs employés via un examen «oral» piloté par ordinateur. Les opérateurs de télécommunications - comme le suédois Telia - soucieux d'offrir toujours plus de services à leurs abonnés imaginent des bases de données consultables par téléphone. Ou encore un dispositif permettant de «lire» un e-mail au départ d'un téléphone portable.

Derrière ce produit commercialisable, il y a eu au départ une thèse de doctorat réalisée entre 1994 et 1996 par Thierry Dutoit, aujourd'hui actionnaire de la société. Assistant au labo de traitement de la parole d'Henri Leich, professeur à la Faculté polytechnique de Mons, il consacre ses travaux à la mise au point d'un synthétiseur vocal. L'équipe peut aussi compter sur une aide de poids: la manne des aides européennes Objectif 1. Huit cents millions de francs recueillis à bras ouverts en 1995 par la Faculté polytechnique et l'Université de Mons-Hainaut. L'argent finance les salaires de dix ingénieurs, pour la plupart recrutés dès leur sortie de la faculté. Mais les largesses de l'Europe ne seront pas éternelles, les chercheurs le savent bien... Que deviendront-ils alors? L'idée leur vient de créer une entreprise pour valoriser le brevet déposé par Dutoit.

En mars 1997, ils sont sept à gratter leurs fonds de tiroirs pour réunir les cinq millions de capital social de départ. Dans l'actionnariat, on retrouve les sept fondateurs (70 %), la Faculté polytechnique (8 %) qui soutient ainsi sa première «spin off» et les dix chercheurs du labo (les 22 % restants) qui reçoivent des actions en rétribution de leur travail passé.

Les relations entre la Polytechnique de Mons et la jeune société restent interactives. Babel Technologies rachète la licence du brevet et verse des royalties au labo. Celles-ci financeront à leur tour de nouvelles recherches qui deviendront des brevets rachetés par Babel et ainsi de suite.

Vincent Fontaine, ancien chercheur, s'attelle à leur trouver des débouchés. Il a multiplié et multiplie toujours les participations à des salons internationaux avec le soutien de l'Awex (agence wallonne à l'exportation). Très vite, les premiers contrats sont arrivés. Leur addition impose d'ailleurs d'accroître la taille de l'équipe. Trois nouvelles personnes seront engagées avec l'aide de la Région wallonne. Un commercial intensifiera la prospection. Deux ingénieurs renforceront le pôle «développement». Pour couronner le tout, une augmentation de capital est dans l'air... à la demande d'investisseurs privés - au rang desquels on trouve de grandes banques belges - venus d'eux-mêmes frapper à la porte de cette PME wallonne qui ose faire de l'ombre à la «star» flamande de la technologie de la parole, Lernout Hauspie...


I. W.