Sciences : il ne leure manque même plus la parole

(Supplément Septième Soir Samedi 18 octobre 1997 page 18)

Go To : Babel Technologies S.A.


Petit à petit, les machines s'approprient ce que l'homme a de plus précieux

Il y a trente ans, lorsqu'il réalisa son film culte 2001, l'odyssée de l'espace , Stanley Kubrick ne se doutait probablement pas que la science - la vraie - rattraperait si rapidement la fiction. En cette extrême fin de millénaire, les machines sont en train de s'approprier ce que l'homme possède de plus précieux hormis le rire : la parole. Les machines capables de dialoguer ont fait récemment irruption dans notre quotidien, presque subrepticement. Ceux qui ont dernièrement fait appel aux services de renseignements téléphoniques de Belgacom en ont déjà eu un modeste échantillon sous la forme de la voix artificielle et un peu irréelle qui désormais communique les numéros demandés. Ce n'est qu'un début, annoncent les chercheurs. Grâce à la synthèse vocale (la machine parle) et à la reconnaissance vocale (la machine entend), les applications de la numérisation de la parole vont exploser.

C'est manifestement le cas dans le secteur de la téléphonie, où les grandes sociétés de télécommunication ont engagé depuis quelques années une course passionnante à l'innovation. Il vous suffira bientôt de déclamer le nom de votre correspondant dans le récepteur, à condition de l'avoir préalablement encodé bien entendu, pour obtenir la communication souhaitée. Ce qui peut être très utile pour téléphoner depuis une voiture. Appliquée aux centraux téléphoniques, cette technique devrait permettre un aiguillage automatique des appels sur simple prononciation du nom du correspondant, sans l'intervention d'un opérateur. Une petite société belge, récemment créée par des chercheurs de la faculté polytechnique de Mons (voir ci-dessous), s'apprête à commercialiser un logiciel baptisé BabelAttendant qui offrira ce type de service téléphonique.

Un autre secteur concerné par la numérisation de la parole, incontestablement celui de l'information au public, ne nécessitant pas un dialogue en continu. Dans les gares ou les aéroports, par exemple, des bornes interactives remplaceront bientôt les agents préposés aux renseignements. Pour connaître l'horaire d'un train, il vous suffira de demander de vive voix à la machine où vous voulez aller et quand; elle se fera un plaisir de vous répondre dans la langue de votre choix, avant de vous souhaiter un agréable voyage. Certains prototypes de ces bornes de dialogue ont d'ailleurs été présentés récemment à Rhodes à l'occasion d'Eurospeach 1997, une réunion de spécialistes. La technique n'est, semble-t-il, pas tout à fait au point, mais on peut s'attendre à voir fleurir ces bornes dans divers lieux publics avant l'an 2000.

Il faudra par contre attendre plus longtemps avant que la machine remplace purement et simplement la secrétaire dactylo pour la saisie de textes sur ordinateur. Les systèmes de reconnaissance vocale actuels sont encore bien trop grossiers pour comprendre toutes les finesses qui peuvent se glisser dans la syntaxe et dans les intonations de la langue parlée en continu et non plus sous la forme de mots clés ou de petites phrases sommaires.

Dans un autre registre, l'assistance aux personnes handicapées bénéficie dès à présent des récentes avancées de la numérisation de la parole. Dans le Brabant wallon, une association d'aides aux aveugles (HNE, tél. 02/428.32.73) diffuse à l'intention de ses membres des informations, dont un agenda culturel, via un serveur de type BBS. Grâce à un logiciel de synthèse vocale, qui transforme les fichiers informatiques de textes en paroles, les non-voyants ont accès à cette information depuis leur ordinateur personnel. Dans un avenir proche, ce pourrait être une voie très souple d'accès à la presse quotidienne pour des milliers de handicapés de la vue dans notre pays.

Dans le même ordre d'idées, les logiciels de synthèse vocale pourraient bientôt constituer des prothèses très performantes pour les personnes muettes.

FRANÇOIS LOUIS
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