Effets de l'Objectif 1 sur la recherche : Multitel et Materia Nova dessinent l'avenir Mons

Le Soir - 4 septembre 1998

Nouvelles locales - Hainaut Vendredi 4 septembre 1998 page 21

Effets de l'Objectif 1 sur la recherche (IV et fin) Multitel et Materia Nova dessinent l'avenir à Mons


A
Mons, c'est vers les autoroutes de l'information, les télécoms et les matériaux nouveaux qu'on a regardé lorsque la perspective de disposer d'argent européen s'est dessinée avec l'Objectif 1. Le choix ne doit rien au hasard. Deux des trois universités qu'abrite le chef-lieu de la province travaillent dans ces domaines à savoir l'Université de Mons Hainaut (UMH) et la Faculté polytechnique (FPMs). Au sein de la première, six départements ont été mobilisés autour d'un premier pôle d'excellence baptisé Materia Nova dans lequel la Faculté polytechnique impliquait, elle, deux services. Objectif? Faire bénéficier les entreprises de la région de matériel et de recherches de pointe dans le secteur des matériaux à la fois conventionnels et nouveaux. Terrain d'action: le vieillissement des matériaux, leur transformation sous l'effet de la chaleur, l'étude de revêtements métalliques ou encore les néocéramiques.
La Faculté Polytechnique est en revanche seule impliquée dans Mutltitel, l'autre pôle d'excellence montois centré sur les réseaux d'accès aux autoroutes de l'information, les câbles de télédistribution, les fibres optiques, les signaux vocaux.


OUVERTURE AU MONDE

500 millions du Feder ont été octroyés à Materia Nova, 335 millions à Multitel auxquels s'ajoutent 270 millions pour leur futur bâtiment via l'intercommunale Idea et un complément venu du Fonds social européen (FSE). L'injection de ces millions en matériel et chercheurs a-t-elle permis d'engranger des résultats? Jusqu'à présent, les six services de l'UMH impliqués dans Materia Nova ont réalisé un chiffre d'affaires en contrats et expertises pour les entreprises de 4 millions. C'est peu à première vue mais le pôle d'excellence n'est en vitesse de croisière que depuis peu.
En réalité
, explique Frédéric Maton coordinateur, les acquisitions de matériel n'ont démarré qu'en septembre 95 lorsque l'accord formel a été donné au programme; en septembre 97, elles n'étaient terminée qu'à 80 %. Mais l'évolution est encourageante; alors que l'année dernière s'est clôturée sur un volume d'activité de 700.000 F, 3,9 millions ont déjà été engrangés pour le premier semestre 98.
L'UHM par ailleurs a davantage une vocation de recherche fondamentale et se donc trouve moins directement axée sur les entreprises. A l'inverse de la Faculté polytechnique. La preuve par les 32 sociétés qui travaillent actuellement avec les services impliqués dans Materia Nova (on y étudie par exemple l'amélioration de la fabrication de pâte de clinker blanc pour CBR) et les liens tissés au sein des départements des professeurs Leich et Blondel. C'est du premier qu'est sortie la première spin off "Babel Technologies" active dans le traitement de la voix (messageries téléphoniques,...) à l'avenir prometteur "Le Soir" du 28 août).
Indépendamment de ces créations de sociétés (d'autres seraient en gestation), ces services de technologie avancée multiplient les contrats avec les entreprises à travers le monde. Depuis deux ans, nous avons négocié une quarantaine de contrats dont trois quarts, en volume, à l'étranger, explique ainsi Michel Blondel, chef du service d'Electromagnétisme et de Télécommunications de la FPMs. Son équipe (35 ans de moyenne d'âge) est régulièrement sur le terrain et fonctionne dans une logique d'entreprise.
S'il faut rappeler quelqu'un de congé, il revient
, explique-t-il prêt à relever le défi de l'autofinancement. A matériaux nouveaux, esprit neuf.

FRANÇOISE ZONEMBERG

L'interface, une courroie qui... délie?
Interface universités/entreprises ou... entreprises/universités? La question ne tient pas du débat sur le sexe des anges. A Mons, à côté des pôles d'excellence, un budget de 92 millions a été dégagé dans le cadre de l'Objectif 1 à destination d'une structure chargée de faire le lien entre les unes et les autres. Mais de chaque côté, on estime que l'autre est privilégié.
Côté universités, même si c'est à mots couverts parce qu'il faut se ménager le monde entrepreneurial, on accuse les responsables de l'interface d'agir en priorité, voire essentiellement, pour les patrons et de ne rapporter aux laboratoires universitaires que des miettes de contrats. Faisant observer que le coordinateur de la structure, qui y travaille à mi-temps, occupe l'autre moitié de sa casquette à la Chambre de commerce.
Pierre Gérin, puisque c'est de lui qu'il s'agit, rétorque en allongeant une liste de 383 contacts opérés depuis le 1 er janvier 95, parle de la difficulté à ouvrir le monde clos des laboratoires et de la nécessité de partir des besoins, donc des PME. Il s'efforce aujourd'hui de traduire en français le charabia alambiqué dans lequel s'exprime les manipulateurs d'éprouvettes et fustige la distance sidérale qui les sépare des contraintes entrepreneuriales. "Dans un service universitaire, on prend six mois, un an pour traiter un problème. Une entreprise a besoin de réponses à ses questions pour avant-hier."
Reste que le résultat du dialogue de sourds, permanent en dépit du comité d'accompagnement qui entoure l'interface, a des allures d'inefficacité majuscule. Les universités prospectent elles-mêmes les PME, mettent en place leur structure de démarchage et Gérin avoue lui-même quelques doublons. Ça fait désordre? A l'image du monde politique montois serait-on tenté de dire. Où tout s'opère à travers le prisme des rivalités de partis, de familles politiques, de haines intra-familiales. Inévitable dès lors: dans le domaine des pôles d'excellence, le chef-lieu de la province est lanterne rouge. Les scientifiques n'entreront qu'à la mi-99 dans le bâtiment des pôles, le nez sur la fin de l'Objectif 1. Alors que la ville avec ses universités disposait d'une solide longueur d'avance sur Charleroi. Dommage.
Mais tout n'est pas perdu. Et surtout pas l'argent du Feder. Car les millions, même dans le désordre, ont été investis dans du matériel qui ouvre aux service de rercherche de nouvelles perspectives de travail. En les positionnant au top de créneaux pointus. On aurait simplement pu faire mieux et plus vite...

F. Z.


Fiches d'identité
Nom. Materia Nova.

Budget.
500 millions.

Objet. Recherche et développement dans le domaine des matériaux nouveaux (néocéramiques, matériaux composites,...) organiques et conventionnels, études des surfaces, de la corrosion des revêtements, de l'adhérence de matières, du comportement des plastiques conducteurs, du veillissement de peintures.... Mise au point dans le cadre d'une recherche fondamentale d'outils de fabrication et d'étude de composition des matériaux.
Un budget de 57 millions est également octroyé pour des formations par le Fonds Social Européen (FSE).

Opérateurs. Université de Mons Hainaut (UMH), Faculté polytechnique de Mons (FPms), intercommunale Idea.

Ouverture. Materia Nova partagera le même bâtiment que Multitel dans le parc scientifique de Mons Initialis.

Personnel occupé. Une quarantaine de chercheurs.


Nom.
Multitel Telecom, centre de télécommunications avancées.

Budget. 335 millions.

Objet. Recherche et développement de services de télécommunication avancée à destination des entreprises. Secteurs: téléphonie, télécommunications optiques (fibres), télédistribution, réseaux d'accès aux autoroutes de l'information, réseau informatique des entreprises, traitement de la voix.
Des formations sont également menée financées par le Fonds social européen à travers Cetel à la fois pour le grand public et les responsables d'entreprises.

Opérateurs. Faculté polytechnique de Mons, intercommunale Idea .

Ouverture. Le nouveau bâtiment (4.000 m 2 sur trois étages) devrait être opérationnel au deuxième semestre 1999. Coût: 270 millions

Personnel. 27 personnes (docteurs en sciences appliquées, ingénieurs civils,...).