La voix synthétique de MONS

(Le Soir 04 février 1998)

Go To : Babel Technologies S.A.

Les technologies de pointe ne paient décidément pas de mine. Quelques ordinateurs anodins alignés derrière une paroi de fortune dans un labo de la faculté polytechnique, et le tour est joué: le troisième millénaire est là, à portée de clavier. Au boulevard Dolez, il porte le nom de «Babel Technologies», la première société créée en «spin off» au sein de l'institution montoise : la faculté a soutenu financièrement ce projet et bénéficie de ses résultats qui sont partiellement réinvestis dans ses laboratoires. A 28 et 29 ans, Vincent Fontaine et Olivier Van der Vrecken animent la petite entreprise qu'ils ont créée il y a un an avec le soutien de cinq autres ingénieurs du laboratoire de théorie du circuit et de traitement du signal du professeur Leich. Dans le cadre du pôle de recherche Multitel, ce service a bénéficié du soutien de l'Objectif 1 et a acquis une reconnaissance internationale dans le domaine du multimédia et de la téléphonie informatique.
Babel est à la fois son enfant et son relais sur le terrain commercial : la jeune société rachète les licences mises au point au sein du labo et tente de leur trouver des marchés. Les techniques mises au point à Mons concernent le traitement de la parole et du son. La phase de scepticisme à l'égard des premiers produits de reconnaissance vocale par ordinateur ou des premières expériences de synthèse de la parole n'est plus qu'un mauvais souvenir. Aujourd'hui, les besoins du marché sont en extension croissante, qu'il s'agisse de services téléphoniques, de mobilophonie, de serveurs vocaux ou de commandes vocales. Babel Technologies est incontestablement sur une vague porteuse...

LE SUCCES DE «MBROLA»

Vincent et Olivier ont dans leurs cartons plusieurs «trouvailles» montoises, mais c'est incontestablement «Mbrola» qui tient aujourd'hui la vedette : ce programme informatique au curieux patronyme synthétise presque parfaitement la voix humaine, au départ d'un enregistrement initial. L'ordinateur peut dire - et même chanter ! - ce qu'on lui commande de dire. Et en plusieurs langues, s'il vous plait ! Ce produit a été mis au point par Thierry Dutoit, dans le cadre d'un doctorat mené à la faculté. A peine arrivé sur le marché et sur Internet, par l'intermédiaire duquel la voix synthétique montoise inonde aujourd'hui le monde, «Mbrola» a séduit Telia, l'équivalent suédois de Belgacom, tout occupé à la modernisation de ses serveurs vocaux. Dans la foulée, la licence montoise a encore été vendue à une société allemande, Tonsdorf, qui en fera bénéficier les aveugles, ou encore aux Brésiliens de Micropower, qui éditent des logiciels. En France, la SNCF et l'Agence France Presse testent également «Mbrola», qui intéresse en outre les facultés de Namur en vue de la création d'un logiciel d'apprentissage du néerlandais.
Le succès de Babel Technologies est aussi celui de l'Objectif 1. Vincent Fontaine et Olivier Van Der Vrecken estiment que sans les fonds européens, les moyens nécessaires à la mise au point des licences qu'ils commercialisent aujourd'hui n'auraient pas pu être rassemblés. Inquiète au début - Cette PME et sa démarche originale n'abusent-elles pas de la générosité publique ?, s'est-on demandé à Namur -, la Région wallonne est aujourd'hui le plus clair soutien de Babel, qui fait figure de projet exemplaire.

ERIC DEFFET
© Rossel & Cie SA - LE SOIR Bruxelles